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UN JOUR EN PALESTINE OCCUPÉE, dans La vallée du Jourdain

par tribunemlreypa

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Un article repris du blog d’Allain Graux:

http://allaingraux.over-blog.com/2015/06/un-jour-en-palestine-occupee-la-vallee-du-jourdain-et-la-situation-des-fermiers-palestiniens.html

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24 juin 2015

 

 

Ce matin, nous quittons le très confortable Jericho resort pour remonter la vallée du Jourdain vers le Nord et les collines de la Samarie. Nous croisons la poterie Al Amal située au bord de la route. La céramique et les poteries de Palestine et en particulier celles de la vallée du Jourdain sont d’une tradition très ancienne qui remonte à l’âge du bronze. La production de céramiques aux lignes peintes répond à la demande des populations, comme le montre l’existence de plusieurs ateliers autour de Jéricho. Ceci malgré le recul des traditions régionales pour l’adoption d’une culture plus homogénéisante, issue de la sédentarisation et du développement d’une identité « urbaine ». Au Bronze ancien, les décors de lignes peintes, souvent obliques et croisées, sont encore attestés dans le sud, principalement sur des bols (parfois sur des jarres et sur des bouteilles comme à Tell el-Umeiri et à Khirbet ez-Zeraqon). L’aire de répartition semble être circonscrite au sud-est du Levant méridional. Des récipients ainsi décorés ont été trouvés dans plusieurs lieux dont Jéricho. La proportion semble supérieure dans les régions aux traditions de décorations peintes, situées autour de la mer Morte. Chaque catégorie découverte représente la marque ethnique de groupes étrangers ayant envahi la Palestine[1].

Les plantations de dattiers, les serres des colonies israéliennes s’étalent de chaque côté de la route 90, à perte de vue, jusqu’au Jourdain que l’on devine au loin. La terre paraît aride, mais avec l’irrigation, les pompages en profondeur, elle se révèle très riche et productive. L’utilisation toujours plus importante de l’eau du Jourdain à des fins d’irrigation est à l’origine d’une grave diminution de son débit, diminution qui est une des causes principales de la réduction de la superficie de la mer Morte, laquelle a perdu près du tiers de sa surface au cours des 50 dernières années.

Le Jourdain (en arabe Nahr al-Urdun veut dire descendre et en hébreu ירד Yarad, la Rivière de la Peine, du Jugement) a donné son nom à la Jordanie, à la Cisjordanie. Du mont Hermon à la mer Morte, le Jourdain s’écoule sur 360 km et sa vallée est la plus basse du monde puisqu’il rejoint la mer Morte à l’altitude de 392 m sous le niveau des océans.

Né dans les montagnes libanaises, sur le flanc occidental de l’Hermon, il traverse les lacs Houlé et de Tibériade. Son cours, que l’on mesure depuis sa source la plus lointaine, celle d’Hâsbeiyâ au Liban, suit une direction nord-sud presque rectiligne et correspondant à la dépression de Ghor. Peu avant son embouchure, il arrose la ville de Jéricho. C’est le seul cours d’eau notable de cette région. Depuis 1948, il sert en partie de frontière entre Israël et la Jordanie.

Son principal affluent, le Yarmouk, sépare la Syrie de la Jordanie. L’eau du fleuve sert en particulier à l’irrigation du Néguev. Un barrage a été établi en aval du lac de Tibériade, qui alimente une centrale électrique et régule le cours du fleuve. La poursuite des pompages pose un risque majeur, tant écologique que géostratégique, dans une région à l’histoire déjà agitée[2].

La vallée du Jourdain est sous contrôle militaire israélien (zone C) où 80 000 Palestiniens vivent, principalement des bédouins et paysans pauvres, ainsi que 9 400 Israéliens, répartis dans les 37 colonies de la vallée. C’est la région de l’agriculture industrielle d’exportation et de l’accaparement des terres par tous les moyens.

Selon une loi Ottomane reprise par Israël à son compte et qui vaut pour tous les territoires occupés, toute terre qui n’est pas cultivée pendant trois ans revient à l’Etat israélien. Et les facteurs «d’abandon» des terres ne manquent pas. Le climat désertique fait de l’eau une ressource indispensable à l’agriculture

Cette agriculture intensive est une volonté des gouvernements israéliens d’obtenir une souveraineté alimentaire en s’affranchissant des productions locales palestiniennes et des pays arabes voisins. Pour cela, les colons bénéficient de toutes les facilités, du soutien de l’armée et des autorités, pour s’approprier les terres des Bédouins qui vivent dans cette région. Nous allons reparler tout de suite de ce sujet au village de Fasayel où nous arrivons, après avoir traversé une zone de rocailles et d’herbages jaunis où émergent les tâches vertes des palmiers.

FASAYEL

Ce petit village palestinien est complètement entouré par les colonies agricoles des israéliens.

Nous nous engageons sur une petite route bordée de quelques maisons, c’est le vieux village. La voie devient piste au long de laquelle des zones de pacages et de voiles abritent des cultures sur un sol caillouteux où émergent des arbustes. On aperçoit une petite palmeraie, des maisons basses un peu plus loin, c’est le nouveau Fasayel. A l’entrée, nous nous arrêtons près d’une bâtisse dont une partie est écroulée.

Rencontre avec le dirigeant de Jordanvalleysolidarity.org.

Nous grimpons les marches de l’escalier extérieur pour accéder au siège de l’Association de Solidarité des fermiers Palestiniens de la Vallée du Jourdain. C’est aussi la demeure de Rashed Khudary et de sa famille. Nous nous asseyons dans une salle à l’étage, où des affiches, des cartes, des photos renseignent immédiatement sur la nature de l’activité de l’organisation. On nous offre le thé et le café. A côté une femme est à la cuisine d’où émane d’odorants parfums épicés. Des enfants jouent sur la terrasse, une fillette à la jolie frimousse vient observer les étrangers.

Notre présidente à nous, Geneviève, présente le groupe Al Rowad-AFPS. Rashed se présente comme le Coordinateur du Comité populaire de la Vallée du Jourdain. Il regroupe de manière informelle des volontaires palestiniens, mais pas tous les fermiers des villages détruits par l’armée israélienne. Cependant le réseau de solidarité s’élargit grâce à Internet. Il s’est développé depuis 2003 pour la défense et la promotion du droit à l’éducation, à l’habitat par la construction de maisons et de plus de 200 abris, pour l’eau, le droit de pacage des animaux. Il a créé trois réserves d’eau dans des lieux où il était interdit de forer ou de réaménager des puits.

Dans le domaine de la santé, deux centres de soins ont été installés.

« Nous mettons en place des ateliers de formation pour apprendre le droit et les questions sociales, les droits de l’homme et le droit international. Nous avons des ateliers d’écriture pour apprendre à faire des rapports sur la situation régionale, pour la photographie et l’informatique, l’utilisation du Web.

Nous avons quatre projets actuellement :

– Avec le théâtre Ashtar de Ramallah. C’est un travail avec des ouvriers agricoles qui suivent des cours pendant un an en vue de créer et jouer des pièces qui montrent les problèmes de la santé et de l’éducation. Elles sont déjà présentées dans vingt villes et villages. L’idée est de les diffuser dans toute la Cisjordanie pour consolider la solidarité entre tous les Palestiniens.

– Avec l’Union des fermiers palestiniens, développer l’association d’appui à la plantation de dattiers, de citronniers, d’oliviers. Elargir le réseau dans la vallée.

– En coopération avec le MAN de la région Rhône-Alpes, nous avons un projet de développement d’une fromagerie. L’idée est venue à l’AFPS, du fait de la dispersion des communautés bédouines qu’il est difficile de regrouper pour récolter et distribuer le lait, de produire des fromages dans le cadre d’une coopérative. Le lait est vendu à un coût très faible. Le projet permettra de le vendre à un meilleur prix et mieux. Ce sont surtout les femmes qui travaillent sur ce secteur. Elles ont vécu plusieurs Nakbas, se heurtent à l’interdiction de construire en dur, et les troupeaux sont privés d‘un libre accès à l’eau.

Il est très important d’obtenir le soutien par des actions de solidarité de ceux qui détiennent la terre. La coopérative réduit les coûts de production, mutualise les véhicules de transport, le camion qui collecte le lait. Elle donne plus de moyens.

– Le développement de notre production agricole est un autre élément de notre vie ici, sur notre terre, grâce à la construction de citernes pour l’eau.

Nous avons divers ateliers pour la recherche, l’étude, les échanges entre communautés, de discussion pour mettre en commun nos problématiques.

Jean Gabriel de l’AFPS, intervient pour indiquer qu’en Côte d’Or, le comité agit en achetant des dattiers pour les Palestiniens de la vallée et pour construire des chambres froides afin de stocker les dattes.

Rashed reprend : « la solidarité franco-palestinienne a été de très bon niveau et importante. Mais pour certains endroits, elle s’est révélée inadaptée par rapport à la question de l’eau.

Mais comment construire dans cette zone c où la loi de l’occupant israélien l’interdit ?

Notre réponse est la fabrication de briques en terre mélangée à de la paille. Nous retapons ainsi la maison, en construisons d’autres et nous avons édifié le lieu de réunion et d’accueil pour les femmes. Nous avons bricolé un système de presse hydraulique avec un mécanicien pour fabriquer les briques. Le rendement est de 500 briques par jour. Il nous aide pour préparer deux autres machines et préparer le mélange argile/paille. Il nous faut être inventif pour s’adapter aux situations provoquées par les règlements de l’occupant et pouvoir produire plus et mieux. On travaille aussi sur d’autres projets. Notamment :

– les taxes qui sont prélevées sur les agriculteurs, pour qu’elles soient attribuées à nos paysans. Ces taxes sont d’un montant de 700 000 shekels sur les aliments complémentaires et fourrages pour le bétail en été. Il faut en demander l’autorisation d’achat à l’Autorité palestinienne. On peut se fournir aussi à Jénine où il y a une petite production ou auprès de négociants israéliens de Galilée qui s’approvisionnent dans les pays d’Europe de l’Est comme la Hongrie et la Roumanie (avec une TVA de 16 %).

Nous produisons une documentation sur les destructions de l’habitat des citernes, des puits, des plantations palestiniennes de la Vallée du Jourdain.

Auparavant, nos projets finançaient les zones[3] A et B. Or, c’est la zone C qui est la plus concernée par ces destructions.

Nos problèmes sont de déterminer les bénéficiaires, de veiller à ne pas favoriser des coalitions familiales tendancieuses. Nous étudions, vérifions, contrôlons, afin de lutter contre des projets qui ne seraient pas suffisamment communautaires. Ceci pour ne pas perdre notre temps dans des objectifs isolés, mais pour réclamer ce qui nous revient de droit.

Nous sommes des volontaires désintéressés, rejoints par des internautes qui nous aident. La question d’internet est importante. Notre mouvement opère sur le constat d’une détresse et non pour des intérêts politiciens. Il y a plusieurs niveaux :

– les volontaires sur place ;

– l’action juridique contre la violation des droits ;

– l’échange d’idées et des expériences ;

– les moyens de diffusion des informations et les plaidoyers sur l’état des lieux vers l’étranger.

La solidarité internationale

Nous avons parfois des problèmes avec des personnes qui viennent ici et pensent avoir toutes les bonnes réponses à nos problèmes. Alors c’est eux qui deviennent un problème quand ils se réclament de « leur investissement » au bout de trois mois sur place.

Nous, c’est toute notre vie que nous passons ici dans cette situation d’une population qui vit sous un régime d’occupation et privée de droits. Chaque Palestinien sait comment tenir bon. Cette endurance est maintenant inscrite dans nos gênes, nous savons qui nous sommes et comment nous y prendre. »

Questions

Emmanuelle : Combien de palestiniens vivent dans les colonies agricoles ?

Rashed : 10 000 journaliers travaillent dans les colonies dont 800 femmes et enfants. Ils viennent de la Vallée et des plateaux intermédiaires. Ils reçoivent un salaire de 10 Shekels par heure (2,40 €), soit environ 70 Shekels par jour. Les immigrés Thaïlandais sont payés 30 NIS[4], et sont hébergés et nourris.

Les colons ne sont pas tenus d’appliquer le droit du travail en vigueur en Israël pour les territoires occupés. Les ouvriers palestiniens remplissent les tâches les plus difficiles et dangereuses comme grimper sur les dattiers pour récolter les dattes. Ils restent percher 4 heures de suite. Les accidents sont nombreux et graves. Il n’y a pas de sécurité au travail et pas de sécurité sociale, de système d’indemnisation pour les accidents du travail. S’ils sont arrêtés, ils perdent leur travail, même quand ils sont employés à l’année. Pas de système de retraite. En cas de départ, les travailleurs reçoivent en principe une indemnité d’un mois de salaire par année travaillée. Selon la bonne volonté du patron colon…

De plus, pour obtenir un emploi, il faut se montrer très coopératif et même « collabo », donner des informations sur le village, la famille, les résistants. Ce chantage et ces pressions s’exercent surtout en direction des enfants. Les femmes subissent aussi des violences, des harcèlements, des menaces.

Il faut bien avoir à l’esprit que les gens n’ont pas le droit ou la possibilité de travailler ailleurs.

Quels sont vos projets ?

Nos projets tournent autour de l’élevage des ovins, caprins, dromadaires, de la production du lait de vache. Nos liens avec le marché intérieur sont très faibles, nous travaillons à les renforcer pour vendre nos produits à Naplouse et Ramallah. Le nombre d’éleveurs est en décroissance, car ils vont s’employer comme ouvriers à la colonie. Nous devons leur permettre de retourner à leurs activités d’éleveur. C’est un programme que nous avons engagé depuis quelques années. Il en est de même pour le secteur agricole, tout en connaissant les limites de notre action. Avec les menaces et possibilités de destruction, nous devons trouver les moyens de reconstruire.

Il faut avoir toujours en tête, si on veut faire des comparaisons avec « la miraculeuse agriculture israélienne qui reverdit le désert (NDLA) » que les terres des colonies sont celles des villages palestiniens travaillées au profit des israéliens par leurs anciens propriétaires.

L’eau

Elle est en suffisance mais accaparée à 74 % par Israël, à 28 % en provenance du Jourdain. Les colons utilisent 660 litres par jour et par colon dans la vallée du Jourdain, soit 7 fois plus qu’un Palestinien !

L’eau c’est un droit humain, et une cause nationale pour la Palestine. Nous menons une bataille juridique, constituons un dossier pour revendiquer notre droit à l’eau. Nous utilisons les institutions en transformant des situations négatives en situations positives sur certaines terres relevant de la propriété privée, avec nos titres de propriété[5]. Il nous a été ainsi possible d’obtenir gain de cause sur une parcelle, sur 15 ans, sans indemnité mais avec un droit d’accès à nos terres. Hélas, cette méthode ne convient pas à toutes les terres, car beaucoup de grands propriétaires (des fonctionnaires de l’empire turc) résidaient en ville et n’étaient pas présent sur les terres. Ils sont déclarés absents et de ce fait les utilisateurs, les fermiers, les éleveurs, n’ont pas de droits reconnus sur les terres qu’ils utilisaient. Les maisons sont détruites et les terres sont colonisées.

Nous nous adaptons, étudions des projets de réaction, adoptons des pratiques nouvelles à partir des ressources disponibles.

L’Autorité palestinienne

60 % du budget consacré à la région va aux frais de fonctionnement et aux salaires de l’administration de l’Autorité. Sur le terrain, il reste peu. Sans le rapport de force, Israël s’en tire à bon compte.

Aujourd’hui les communautés villageoises n’arrivent pas à vivre alors qu’avant l’occupation les travailleurs des autres régions venaient travailler ici.

Rashed nous indique que des terres sont achetées par de hauts-fonctionnaires palestiniens, aujourd’hui incultes, mais qui sait demain !

L’aide.

Pour nous, il est important que les aides des ONG, des associations, soient directes.

Ces organisations travaillent essentiellement dans les zones A et B où il y a moins de difficultés particulières pour agir sur les besoins des gens, leurs capacités de développement, en coopération, sur un plan local.

Soudain, une sirène retentit ; elle provient d’une colonie proche pour un exercice d’entrainement militaire qui concerne le territoire de 280 villes et villages.

Les ouvriers des colonies ont-ils pensé à s’organiser en syndicat ?

Il n’existe aucun syndicat pour les travailleurs de la Vallée du Jourdain. Il y a des syndicats à Naplouse et Jéricho, mais ils ne s’investissent pas ici, ils collaborent avec l’autorité palestinienne et sont peu actifs. Pour les journaliers des colonies, le droit du travail ne s’applique pas, et donc pas le droit syndical.

Depuis un an, un syndicat s’est implanté à Tubas sur la région du plateau intermédiaire pour les travailleurs des entreprises palestiniennes qui travaillent dans les colonies[6].

Nous avons des ateliers sur le droit du travail israélien et palestinien, avec l’aide de deux avocats.

Nos travailleurs ne perçoivent que de très faibles salaires, ils n’ont pas de contrat de travail dans les colonies. C’est donc difficile de les défendre. Il faut trouver des témoignages pour dénoncer les abus. Mais c’est ambigu, car nous ne voulons pas non plus faire des colonies des entreprises modèles[7].

Cependant nous recherchons la coopération avec les syndicats internationaux, notamment pour le boycott (BDS). La situation est la plus avancée avec les pays anglo-saxons.

Exemple de coopération avec les syndicats internationaux :

Le mouvement syndical palestinien se félicite de la décision du Congrès des syndicats écossais (le STUC) de prendre en compte l’appel de la société civile palestinienne au BDS et il lui demande de rompre les liens avec Histadrut[8].

Voir le texte complet : vendredi 22 avril 2011 – Info-Palestine.eu Proche-Orient.net (http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10499)

A la lumière de tout ce qui précède, nous, mouvement syndical palestinien, comprenant la quasi-totalité des blocs qui composent le PGFTU (Fédération générale des syndicats de Palestine), réitérons l’appel du BNC (Comité national palestinien du BDS) de 2009 à couper tout lien avec la Histadrut, en tant que notre meilleur espoir pour que cessent les graves violations israéliennes contre nos travailleurs et notre peuple, et ce jusqu’à ce que nous disposions de nos droits inaliénables définis par les Nations-Unies, en particulier notre droit à l’autodétermination.

Cependant, comme je l’ai déjà dit, nous préparons un dossier sur le droit des enfants.

FASAYEL

Sa population est d’environ 1500 hab. répartis en deux zones : le village bas qui est en zone A et le village haut où nous sommes qui est en zone C. Ce sont des agriculteurs qui produisent des légumes et des fruits : bananes, oranges, citrons, dattes. Sous nos pieds, un puits artésien a été ouvert légalement en 1967, sous le régime jordanien, pour irriguer les champs. L’autorisation portait sur une profondeur de 150 m. Ce qui est peu par rapport à la nappe phréatique, car à cette profondeur l’eau peut être absente ou salée. Avant 1967, le village était approvisionné par des canalisations depuis une source venant de la montagne. Cette eau très pure pouvait être mélangée avec l’eau saumâtre du puits.

Dans les années 60 à 80, 1000 personnes pouvaient vivre de leur travail au village. Après 1980, deux colonies, Aba Sayel et Tomas se sont installées et ont foré des puits à 400 m de profondeur. Le puits s’est asséché. Plus les colons descendent et moins il y a d’eau. L’accès est restreint et les vergers en pâtissent. Beaucoup de familles partent vers Naplouse et Jéricho.

« Il y a 2 ans, le propriétaire du terrain où se trouve notre puits – aujourd’hui asséché – a demandé à creuser plus profond. L’autorisation a été donnée, mais pour 150 m seulement, autorisation limitée à 15 mètres de l’ancien forage ! Nous avons ouvert ce forage depuis 9 mois, mais l’eau est salée. Nous sommes donc contraints de la mélanger avec de l’eau venue de la montagne par camion-citerne.

Cette source est située à 60 km d’ici sur la terre privée d’un propriétaire palestinien qui vend le m/3 de 20 à 25 shekels (5 €). Elle arrose une dizaine de villages.

Parfois, nos citernes sont confisquées car nous n’avons pas le droit d’utiliser ce qui n’est pas vendu par les entreprises israéliennes. Nous devons surmonter ces obstacles et payer les amendes pour continuer à cultiver et vivre.

L’eau des colonies longe les villages, mais on n’en entend que le bruit dans les canalisations, on n’en boit pas ! Tous ces problèmes dépendent du type de zone dans lequel on se trouve. Et ici pour le haut, c’est la Zone C sous contrôle militaire.

Nos cultures sont saisonnières et dépendent de la pluie en hiver. Les champs sont pâturés après les récoltes. »

Rashed travaille à Fasayel depuis 2007.

NDLA : Malgré les difficultés, les villageois résistent et agissent pour éviter ce qui semble programmé : leur départ de ce village encerclé par les colonies pour s’approprier leurs terres. C’est le but des obstacles posés à leur encontre pour travailler, se loger, s’éduquer, se soigner.

L’école

Le hameau du bas disposait d’une petite école, mais pas celui du haut. Les villageois du haut ont donc construits une nouvelle école. Ils ont reçu un ordre de démolition. Ils ont fait appel à un avocat et lancé une mobilisation sur internet pour faire annuler cet ordre absurde. 180 élèves fréquentent cet établissement du primaire au collège.

le 21 octobre 2014 à cinq heures, l’armée israélienne a commis une nouvelle attaque dans la vallée du Jourdain. Quarante jeeps et des bulldozers sont arrivés dans les villages de Fasayel et d’Al Jiftlick. Au total, six familles ont perdu leurs maisons et les baraques qui abritaient leurs troupeaux. Certaines familles avaient reçu un ordre de démolition auparavant, mais d’autres non, et l’armée israélienne n’en a absolument pas tenu compte.

A Fasayel, la famille de Hassein Yassin, qui compte onze personnes dont six enfants, a perdu un baraquement. Leur maison a déjà été démolie à six reprises par l’armée israélienne.

Source : le MAN – http://nonviolence.fr/spip.php?article912

Malgré l’interdiction de bâtir, 50 maisons ont été construites ou réaménagées, agrandies, viabilisées pour l’eau et l’électricité avec l’aide de Norvégiens. En fait pour l’eau ils sont fournis par la société israélienne Mekorot, mais … sans que cette dernière le sache. L’ancien réseau a été étendu à Fasayel le haut. Une collecte auprès des locataires permet de payer les factures d’eau distribuées en Zone B (à Fasayel le bas). Une délégation va payer les factures au bureau de coordination d’Israël pour l’eau et l’électricité, sans que cette administration puisse savoir qu’elle est distribuée aussi pour les habitants de la Zone C…

On se débrouille comme on peut, en utilisant les failles du système.

« Nous ne disposions plus d’électricité alors que nous payons. Les israéliens étaient venus et exigeaient d’enlever les branchements car nous n’avions pas d’autorisation. Alors notre avocat est intervenu auprès du tribunal avec le reçu de paiement. Comment interdire alors que nous avions payé ? Donc maintenant c’est autorisé.

L’administration israélienne est venue nous proposer un plan d’aménagement du village du haut pour qu’il passe en zone B. Alléchant, mais en fait c’était un plan de confinement, restrictif. Nous l’avons refusé, car il ne prenait pas en compte les futurs besoins, le développement, les naissances des enfants. Nous avons proposé un contre-plan pour tout le village, haut et bas, où nous pourrions construire légalement. D’ailleurs nous avons reçu un ordre de démolition pour les deux dernières maisons et pour quatre autres. Nous avions fait appel à des avocats pour faire repousser ces ordres. Chaque année des drones viennent observer le village pour établir des relevés. Ils étaient ici il y a trois jours. »

Nous allons sur le terrain pour visiter le village et ses cultures, ses installations.

« Quoiqu’il en soit de ces interdictions qui frappent aussi nos cultures, notre zone est à nouveau exploitée, nous plantons ici des goyaviers et grenadiers et là-bas des citronniers et des orangers. Un panneau affiche clairement le projet de développement sur un emplacement où un baraquement a été détruit. »

Plus loin, c’est l’école, toute neuve, menacée de démolition, avec son bâtiment, sa cour fermée par un portail.

Rashed est très fier de nous montrer la machine à fabriquer les briques d’adobe. Un mur de son habitation a déjà été rénové grâce à cela. Et surtout, c’est grâce à leur génie inventif et leur organisation collective, leur solidarité, que les habitants ont réalisé une construction ronde avec ces fameuses briques et un joli toit en bois. Ce sera la maison des femmes, construite en 24 heures, un exploit pour prendre par surprise les israéliens. Nous pénétrons dans la pièce unique, au sol encore en terre battue, avec une charpente digne d’un charpentier de marine. Cette maison destinée au Centre des femmes pour leurs réunions et leurs ateliers a été bâti selon un mode et des matériaux traditionnels, une salle ronde pour que chacune puisse se voir. Il y fait frais alors que le soleil est au zénith. C’est une équipe de 25 personnes qui l’a mise en œuvre dont 10 pour les murs, les autres pour la charpente, les fenêtres. Evidemment le projet a été minutieusement préparé, avec les matériaux nécessaires.

« Notre communication sur ce projet est de proclamer par cette construction, que nous avons le droit de construire, habiter, vivre ici. Nul ne saurait nous en empêcher. Nous montrons ainsi que nous pouvons aller très vite. C’est un message à l’occupant, pour les Palestiniens, les jeunes, pour montrer aux démoralisés que l’action de résistance consiste aussi à construire concrètement. Et empêcher l’intervention des Israéliens. Nous n’avons pas encore reçu l’ordre de démolition.

Ils peuvent détruire cet édifice, mais nous nous ne sommes pas détruits ! »

La maison des femmes a été édifiée le 24 mai 2015, juste une semaine avant notre passage.

Les femmes du comité, elles sont 28 et elles jouent un rôle très important nous dit leur représentante, pour construire les structures sociales, des écoles, l’éducation, dans chaque région du Jourdain.

Un peu plus loin commence une petite plantation de dattiers, petite en regard de celles des colonies dont on voit les serres et les arbres un peu plus loin. Puis du bassin où on élève des poissons pour recueillir les excréments qui servent à engraisser les palmiers. Il paraît que c’est le meilleur engrais pour ces arbres fruitiers. De jeunes pousses sont alignées, récemment plantées, signe que les habitants de Fasayel croient toujours en leur avenir et celui de leurs enfants malgré l’adversité de l’occupant.

Des tuyaux verts sont posés sur le sol pour l’arrosage.

Lancement du projet Un Million d’Arbres dans la vallée du Jourdain

Jordan Valley Solidarity, en partenariat avec la Palestinian Farmers Union, a lancé un projet de plantation d’arbres dans l’ensemble de la vallée du Jourdain.

Dans chaque région de la vallée concernée, les agriculteurs palestiniens recevront des arbres adaptés au climat local et au type de terre cultivable. Seront distribués des orangers, citronniers, avocatiers, oliviers, goyaviers ainsi que des plants de concombres et de tomates. Jordan Valley Solidarity, la Palestinian Farmers Union et les agriculteurs travailleront ensuite ensemble pour effectuer la plantation des arbres.

Les arbres seront plantés dans des zones désignées par les accords d’Oslo comme étant A, B ou C. Par conséquent, ils représentent un défi direct au contrôle que l’occupation effectue sur nos vies et nos moyens de subsistance.

Les forces armées et les colons israéliens ont jusqu’à présent détruit un nombre incalculable de plantations dans la vallée du Jourdain, et ce projet a pour but de replanter tous les arbres déracinés par l’injustice de l’occupation.

Ce projet donnera également la possibilité pour les agriculteurs de continuer à travailler leur terre : l’ombre des arbres pendant les mois chauds d’été permettra à la terre d’être de nouveau arable.

En parallèle à ce projet, nous menons une campagne pour le droit d’accès à l’eau potable. Ces deux projets vont de pair, car en détruisant les accès aux ressources en eau des Palestiniens, l’occupation leur enlève la possibilité de cultiver leur terre. Jordan Valley Solidarity travaille donc avec les communautés locales pour rénover les puits et restaurer les cours d’eau.

23/01/2015

http://www.jordanvalleysolidarity.org/index.php/fr/accueil

Puis c’est l’heure de partager le repas que nous a préparé la femme de Rashed et ses filles : salade de tomates poivrons avec du riz épicé que nous dégustons assis sur des matelas dans la pièce du bas, également étonnamment fraîche grâce à ces fameuses briques. La chatte de la maison et ses nombreux petits sont vivement intéressés par nos ripailles.

C’est l’heure de nous quitter et de poursuivre nos pérégrinations. On se salue avec émotion.

Sur le chemin quelques tentes bédouines sont plantées. Elles nous permettent de ne pas oublier que cette population en partie nomade pour les éleveurs est très présente dans cette vallée du Jourdain. Cependant l’exemple de Fasayel montre qu’ils ne sont pas que des nomades archaïques vivant dans le désert sous des abris de toile.

Même si 45% des terres de la Vallée sont classées comme zones militaires et 20% sont des « réserves naturelles », toutes deux minées. En y faisant paitre leurs animaux, les bédouins prennent le risque d’être la cible des exercices militaires ou de voir leurs animaux saisis. Pour les récupérer, ils doivent payer des amendes excédant largement la valeur des animaux et risquent parfois la détention sans procès. L’armée a récemment brulé des centaines d’hectares « dédiés à la protection de la nature » pour « régler » le problème de pâturage intempestif…

Il ne se passe pas une semaine sans qu’une maison ou qu’un camp de bédouins soit détruit, ordre de démolition militaire à l’appui.

Pour ceux qui ont encore un lopin de terre à cultiver, il se trouve la plupart du temps « du mauvais côté de la route 90 ». Cette route est réservée aux colons. Les Palestiniens n’ont le droit de la traverser pour atteindre leurs champs que de 6h du matin à 6h du soir.

En route pour une plantation de dattiers et de vignobles

On s’arrête pour acheter de l’eau à l’épicerie du village du bas, puis c’est la route après la grande antenne satellite qui le surmonte.

Plus loin on bifurque à gauche par la route 57 en direction de Nabius. La petite voie serpente entre les collines aux nombreuses cultures. Un très joli paysage agreste. De nombreux ouâdis ou torrents temporaires apportent leurs eaux à la mer Morte par la rive occidentale et par la rive orientale de ce lac salé. Ces torrents qui se jettent dans le lac traversent des gorges souvent escarpées qui modèlent un relief d’une grande beauté.

Un chemin nous amène chez un producteur de dattes et de raisin, Monsieur Zidane qui nous accueille sous un hangar où une grande table est dressée. Il a mis en route une soufflerie pour nous ventiler. L’homme, au beau visage bruni barré d’une moustache, nous souhaite la bienvenue :

« Que les liens se renforcent entre la Palestine et la France… »

Geneviève présente le groupe, tandis que des boissons diverses nous sont généreusement offertes.

Zidane présente son activité de fermier :

« J’ai commencé à zéro en 1994, avec une activité de production de raisins de table destinés à la vente locale. Puis j’ai planté des dattiers en 2000. C’est une petite production qui s’est développée mais qu’il est difficile d’écouler localement. Il a fallu identifier les problèmes pour trouver des solutions à la question du marché local et trouver d’autres débouchés, avec une production de qualité, d’un bon rendement, et trouver des moyens de la conserver sur l’année. Depuis quatre ans, j’ai pu installer une chambre froide grâce au partenariat avec la Solidarité française. Je dispose ainsi de produits de qualité que je peux vendre un bon prix tout au long de l’année. Je ne suis pas coincé par les distributeurs au moment de la récolte. Je peux refuser les prix trop bas en stockant ma production. Il y a deux ans, on vendait sur trois mois, maintenant c’est sur 7 mois. L’année prochaine nous espérons étaler les ventes sur 12 mois. Le raisin, nous n’avons que cinq jours pour l’écouler. Les prix sont très bas. Je produis du blanc et du noir. »

Zidane nous en offre à volonté, des grappes qu’il coupe avec des ciseaux. Les grains sont fermes, différents de nos produits, mais excellents.

Zidane est marié et a dix enfants : 6 garçons et 4 filles.

Certains producteurs produisent du bio et d’autres pas.

Pour les dattiers il a aussi son bassin à poissons pour disposer d’engrais pour les dattiers. Un poisson excrète dix grammes de nitrogène chaque jour nous précise-t-il.

Il produit 5 tonnes à raison de 20 Shekels le kilo pour le marché local. Il a investi dans un équipement pour le triage et le calibrage d’une production bio destiné à l’exportation, soit 25 tonnes pour lesquelles il doit passer par un négociant qui les lui achète à 15 shekels.

« Nous avons besoin de cette production pour payer les salaires et les frais. Nous vendons en gros car nous avons besoin d’un financement. On pourrait vendre plus cher en plusieurs fois. Pour irriguer, nous avons besoin de 5 m/3 par dunum (1/10 ° ha.) En septembre il faut 2 m/3 par hectare et par jour. Les dattiers ont besoin d’eau toute l’année et de mai à septembre, ils ont besoin de 500 litres par jour et par arbre…Nous achetons l’eau de la montagne pour compléter la pluie.

Je dispose d’une superficie de 10 hectares. Soit 1,5 ha de vignobles et 1200 dattiers.

Les cageots que vous voyez sont pour les fruits, ils me coûtent 1,75 shekel. Les inscriptions sont en hébreu comme sur les boites de dattes. C’est le négociant qui exporte, pas moi.

Je ne possède pas la terre, elle appartient à un propriétaire qui est à Naplouse. Les gains sont répartis moitié, moitié. Les gros propriétaires privés demeurent à Naplouse ou à Jérusalem, seules les terres de la montagne sont des propriétés communales. Je préfère cette situation, c’est mieux pour moi que de travailler dans une colonie.

Ici, nous sommes en zone C, mais dans cette vallée nous n’avons pas de problème pour planter et le propriétaire garantit l’accès à l’eau. Cependant une maison qu’il avait construite a été détruite et j’ai reçu un ordre de démolition pour la chambre froide. J’ai eu plusieurs visites, puis plus rien. Le baraquement qui se trouvait à cet emplacement où nous sommes a été détruit. J’ai construit ce hangar à la place, car il faut réagir de suite. Sinon, où j’irai ? »

Suite à cet exposé, nous allons visiter la propriété.

Zidane nous montre son tracteur élévateur. Un engin qu’il a acheté d’occasion pour 15 000 € et transformé en élévateur. Il peut ainsi faire monter de 4 à 6 personnes dans une nacelle jusqu’à 18 mètres de hauteur pour cueillir les dattes. Plus besoin de grimper dans les arbres.

Sept familles travaillent en permanence et trente saisonniers interviennent au moment des récoltes.

Nous passons les rangées de vignes et atteignons les alignements de grands palmiers où nous apercevons de grosses grappes de fruits. Ce sont des arbres femelles, les quelques mâles sont plus haut. Les semences sont mélangées à du talc et diffusées sur les arbres en février-mars. L’irrigation se fait tous les trois jours par le goutte à goutte. Les dattiers ne supportent pas plus de deux jours l’absence d’eau mais ils acceptent les eaux un peu salées. Par ailleurs, Zidane est contre les intrants ; il applique des techniques rationnelles de culture pour améliorer le rendement.

Avant de partir, Zidane nous offre du raisin à manger et à emporter, pour la route comme on dit chez nous. De vraies ventrées ! Et puis un beau citron vert offert à chacun ; j’en ai rarement vu d’aussi gros. Il ne reste plus de dattes. Dommage !

En route pour Sabastya.

A 16h45 nous arrivons à un check- point à Hamra. Trois soldats à l’allure plutôt débonnaire, l’un d’eux pose la question : est-ce bien tous des touristes ? Il jette un œil dans le minibus.

Nous poursuivons notre route dans cette jolie vallée verdoyante, embrasée par l’éclat rougeoyant des flamboyants. Les vignobles sont nombreux, protégés de la gourmandise des oiseaux par des filets. Puis le val est plus étroit, escarpé, de pentes plus raides et rocailleuses, plantées de pins. Un gros bourg disparaît presque sous les oliviers, nous sommes à Farah. En haut à droite, Sabri nous signale le camp de réfugiés d’Al Farah, tristement célèbre par le meurtre d’un jeune Palestinien, mais pas une exception pour ce genre d’incident[9].

Notre véhicule escalade une petite route sur la gauche qui nous mène à Nisf Jubeil, un joli village perché sur une colline. Une petite rue en cul de sac et au bout, une vieille bâtisse abrite le centre de production de céramiques. De jolis plats, bols, objets sont exposés. 9 personnes y travaillent.

L’école maternelle du village est gérée par la coopérative de femmes pour le commerce équitable.

La Cour de récréation fait partie du travail de MECA avec le Riwaq Centre pour la Conservation architecturale et de leur « projet de 50 Villages » pour la restauration des bâtiments historiques.

Sebastia

Une demi-heure plus tard, nous sommes à Sebastia, village perché d’environ 4000 habitants[10], situé à 15 km au nord de la ville de Naplouse. Les vieilles maisons de centre historique sont accrochées à la pente. Nous déposons nos bagages dans deux maisons d’hôtes absolument magnifiques, installées dans les ruines restaurées d’un château de l’époque Byzantine, le Al-Kayed Palace Guesthouse qui est un palais Ottoman de l’époque, construite pour la famille Al-Kayed vers 1855.

Les chambres du Sebastia Guesthouse sont simples et confortables. Le savon dans les salles de bains est fabriqué à partir de l’huile d’olive locale.

La maison d’hôtes est une initiative du Centre de mosaïque (organisation de tourisme communautaire basée à Jéricho)

Bien qu’il soit déjà tard, nous allons de suite visiter la basilique forteresse du XII° siècle devenue mosquée qui est située au bas de la place occupée par un café et son jardin, juste en face du siège du FPLP où s’affichent les portraits de héros en compagnie de celui du Che Guevara.

En fait la première église date de l’époque romaine dont il subsiste des colonnes resculptées par les byzantins, puis des marques laissées par les croisés sur certaines pierres. Ce sont les Abbassides qui ont transformé la basilique en mosquée Sidi Yahya. Le tombeau de Jean le Baptiste, vénéré autant par les chrétiens que par les musulmans se trouverait entre celles des prophètes Elisha et Obadiah, mais sa tête repose au sein de la Grande mosquée de Damas. C’est pourquoi de nombreux pèlerinages venaient visiter ces lieux saints.

Sabri, en bon archéologue, nous dispense d’une véritable conférence sur la riche histoire de la Palestine et de cette région de Samarie qui en témoigne par ses vestiges. Il indique au passage que les Samaritains qui se référaient à Baal autant qu’à Yaveh n’étaient pas très appréciés par la communauté juive. Il nous conte l’histoire du prophète Elie de de Jezabel Reine de Tyr :

« Élie dit à Achab : “L’Éternel est Vivant, le Dieu d’Israël, dont je suis le serviteur ! Il n’y aura ces années-ci ni rosée, ni pluie, sinon à ma parole”. La sécheresse annoncée par Élie devait durer plus de trois ans. La troisième année de sécheresse, Élie se rend auprès du roi Achab. Élie rencontre un serviteur du roi nommé Abdias et lui demande de l’annoncer. Abdias craint que cette annonce provoque son exécution si Élie disparaît à nouveau, et plaide en évoquant son passé, où il a protégé des prophètes de Dieu que la reine Jézabel voulait faire tuer. Élie lui assure qu’il se montrera à Achab et malgré ses craintes, Abdias prévient le roi qui vient à la rencontre d’Élie.

Élie réprimande le roi pour avoir sacrifié au dieu Baal et laissé son épouse Jézabel dîner avec quatre cents prophètes d’Astarté. Le roi convoque le peuple et tous les prophètes sur le mont Carmel. Élie est seul face à quatre cent cinquante prophètes de Baal. Chaque camp choisit des taureaux pour en faire offrande à son dieu, mais sans y mettre le feu. Les prêtres de Baal s’agitent mais en vain, le feu ne vient pas consumer leurs offrandes. Élie fait un autel et place les offrandes qu’il fait arroser d’eau par trois fois. Il fait alors une prière et le feu s’abat sur l’autel. Alors Élie donne l’ordre de se saisir des prêtres de Baal et il les égorge. Élie dit à Achab de retourner en char à Jizreel avant que la pluie ne l’arrête, la pluie se met à tomber, tandis qu’Élie devance Achab en courant. Informée par Achab, Jézabel menace Élie de lui faire subir le même sort qu’il a fait subir aux prêtres de Baal. Élie s’enfuit vers Beer-Sheva dans le royaume de Juda pour s’y réfugier. »

Nous sommes ensuite reçus par les jeunes de Sébastia qui nous offrent un spectacle de danse dans la grande salle du Palais, tout en bas. Nous y pénétrons entre les danseurs et danseuses alignées sur deux files et qui saluent chacun d’entre nous au passage. Une réception digne d’un monarque…ou d’un Président !

Ils sont vêtus d’un pantalon de toile de couleur noire et d’une chemise blanche, de bottes, un keffieh au cou.

Leurs danses, très enlevées, rappellent celles des bergers d’Europe de l’Est. Ils nous invitent à participer avec eux sur des rythmes et des pas que connaissent ceux qui ont fréquenté des mariages ou fêtes de ressortissants du Maghreb.

Nous visitons un petit centre de céramique et c’est seulement après cela, vers 21h que nous grimpons tout en haut du village pour aller au restaurant qui sied sur la Grand place. On nous offre un Maloubeh, du riz cuit dans l’huile avec des carottes, du chou-fleur, des pommes de terre, du poulet rôti, accompagné de la salade de tomates et concombre et d’un yaourt, plutôt style lait fermenté.

Après cette journée bien chargée, il est temps de nous retirer dans nos appartements « royaux » du Château.

Allain Graux

[1] REF : La céramique aux lignes peintes – Étude d’un fossile directeur de l’âge du Bronze ancien au Levant sud- Guillaume Charloux – http://bcrfj.revues.org/173?lang=en#tocto1n2

[2] Source : Wikipédia

[3]Rappel zones d’occupation : Au terme des accords d’autonomie, les deux régions ont été divisées en trois zones :

– une zone A comprenant, depuis 1994, Gaza ainsi que les villes de Jéricho, Jénine, Qalqilya, Ramallah, Tulkarem, Naplouse, Bethléem (la ville d’Hébron a fait l’objet d’un accord distinct en janvier 1997) sur laquelle l’Autorité palestinienne exerce une juridiction civile incluant les pouvoirs de police ;

– une zone B comprenant les autres zones de Cisjordanie (autres bourgades et camps de réfugiés) dans laquelle l’Autorité nationale palestinienne exerce des compétences civiles, la sécurité intérieure étant exercée conjointement avec l’armée israélienne ;

– une zone C incluant les colonies israéliennes implantées en Cisjordanie, à Gaza (démantelées depuis 2005) et à Jérusalem-Est, qui reste sous le contrôle de l’État hébreu. Dans la zone C, l’armée gère l’ensemble des populations. Elle le fait d’une manière forte; tout lui est permis, destructions de maisons, fouille de ces dernières et souvent en plein milieu de la nuit, arrestations nombreuses, détentions arbitraires et longues, détentions administratives, personnes tuées, humiliations quotidiennes…Cela s’accompagne d’un soutien massif de l’armée à la politique de colonisation des colons.

Les zones A et B représentent, à ce jour, respectivement 18 % et 22 % des territoires, contre 60 % pour la zone C. L’Autorité palestinienne, n’exerce donc que des compétences limitativement définies, qui ne sont effectives que sur un territoire morcelé, les zones A sont sous la gestion de l’Autorité, essentiellement les villes ; La zone B sont les villages et la campagne, sous contrôle sécuritaire israélien ; la Zone C est territoire militaire sous le contrôle de l’armée qui y fait à peu près ce qu’elle veut.

L’occupation militaire : selon le règlement de La Haye de 1907, « un territoire est considéré comme occupé lorsqu’il se trouve placé de fait sous l’autorité de l’armée ennemie ». L’occupation est un « terme employé pour désigner la présence de forces militaires d’un État sur le territoire d’un autre État, sans que ce territoire cesse de faire partie de celui-ci ».

En juin 1967, Israël devenait occupant militaire d’un certain nombre de territoire arabes ou sans statut officiel à l’époque. Au regard des principes du droit international, l’utilisation de la force pour s’emparer de territoires est « inadmissible » tel que le rappelle l’expression « inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre » utilisée dans la résolution 242 (1967) de l’ONU. Ce principe est expressément réitéré, avec des variantes de pure forme, à propos du statut de Jérusalem, par la résolution 252 (1968) du 21 mai 1968 qui réaffirme que « l’acquisition de territoires par la conquête militaire est inadmissible ». Source : notes et wikipédia.

[4] New Israeli Sheqel en anglais

[5] Celles relevant du cadastre de la réforme agraire sous l’empire ottoman : L’empire Ottoman a introduit en 1858 une Code foncier (Azari Kanunnamesi). Le régime juridique des terres, avant l’adoption de ce code, était caractérisé par l’existence d’une multitude de firman (ordre écrit donné par le sultan), de règlements et de notes explicatives des pouvoirs publics. Le Code foncier de 1858 représente une codification fondamentale de tout le droit foncier. La grande majorité des terres agricoles, les terres miri, était considérée comme liée à l’Etat qui laissait l’utilisation de ces terres aux paysans. La législation a assimilé graduellement le statut juridique des terres miri à celui des terres en propriété privée. Finalement la position d’un ayant droit des terres miri correspond pratiquement à celle d’un propriétaire de droit civil.

Source : Les systèmes de propriété foncière en Turquie – Montpellier : CIHEAM – Cahiers Options Méditerranéennes ; n. 36

[6] – Syndicats Palestiniens : ils sont regroupés dans la PGFTU (Fédération générale des syndicats de Palestine), et comprennent notamment : le Central Office for the Workers Movement (Fatah) (Bureau central pour le mouvement des travailleurs) ; Workers Unity block (Bloc pour l’unité des travailleurs) ; Progressive Labor Union Front (Front progressiste syndical) ; Workers Struggle Block (Bloc de la lutte des travailleurs) ;Workers Liberation Front (Front de libération des travailleurs) ; Progressive Workers Block (Bloc des travailleurs progressistes) ; Workers Solidarity Organization (Organisation de solidarité des travailleurs).

[7] NDLA : Elles sont toutes illégales

[8] Histadrut ; la centrale syndicale d’Israël, d’obédience sioniste et réservé aux seuls juifs.

[9] Par The Palestine Telegraph :13/07/2011

Un jeune palestinien a été tué ce matin par les tirs israéliens dans le camp de réfugiés Al-Farah, à l’est de Naplouse. Ibrahim Sarhan, 19 ans, étudiant à l’Université an-Najah, a été blessé à la jambe par balle alors qu’il tentait de s’échapper des soldats israéliens pendant une opération de fouille. Les soldats de l’occupation ont laissé Sarhan se vider de son sang, empêchant les équipes médicales d’approcher du lieu des affrontements. Les témoins ont dit que les troupes israéliennes en nombre ont envahi le camp à l’aube et ont attaqué plusieurs maisons, au prétexte qu’elles cherchaient des « personnes recherchées ». L’invasion violente a provoqué des affrontements entre les forces israéliennes et les jeunes palestiniens du camp. Le corps de Sarhan a été transféré à l’hôpital Rafidia de Naplouse en attendant les funérailles.

[10] 2614 hab. en 2007 selon le bureau officiel des statistiques.

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