Cuba, Castro, Socialisme, Anti-impérialisme, De quoi parle-t-on?

 

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Cuba,

Castro,

 

Socialisme,

Anti-impérialisme,

 

De quoi

parle-t-on?

 

 

 

Dans le contexte actuel de dénigrement de tout ce qui rappelle le socialisme et l’héritage de l’Union Soviétique, le périple du retour des cendres de Fidel Castro à Santiago de Cuba est devenu, par la ferveur populaire qu’il suscite, un évènement politique tout à fait à contre-courant de la doxa médiatique, sinon carrément un évènement historique en lui-même.

Le mouvement de masse en faveur de la mémoire de Fidel Castro en impose tellement que les médias ne peuvent que rabaisser leur arrogance réactionnaire habituelle au service de l’impérialisme.

Dans la foulée, tout ce que la prétendue « gauche » compte d’opportunisme petit-bourgeois semble s’enflammer d’un réveil de nostalgie « révolutionnaire » et y va de sa larmichette pseudo-humaniste « populaire »…

Cela n’empêche toujours pas quelques esprits chagrins de continuer à dénigrer tout héritage progressiste au castrisme, et pour certains, en prétendant en faire une critique « de gauche »…

Et de lui nier, par voie de conséquence, toute fonction « anti-impérialiste »…

Alors qu’à l’évidence, l’unité largement majoritaire exprimée très librement par le peuple cubain est un pied de nez massif aussi bien à l’Oncle Sam relooké en Trump-père fouettard, qu’au reste de l’occident, voire à certains « grands alliés » qui seraient tenté de le considérer comme un peuple mineur, sinon un vassal ou une simple « utilité » diplomatique aux portes de l’Empire…

En un sens, une telle manifestation est l’expression d’un front uni maintenu contre toute tentative de néo-colonisation de la nation cubaine.

Lorsque la Révolution Cubaine a réellement commencé, au début des années 50, l’URSS était encore à son apogée et le mouvement anti-impérialiste et anti-colonialiste à travers le monde se référait souvent au Marxisme-Léninisme, et l’espoir de libération allait également souvent avec la perspective du socialisme.

Pourtant, avec l’avènement de Khrouchtchev, ce fut également le triomphe à peine masqué du révisionnisme sur le marxisme-léninisme, et sous diverses formes, certaines, comme le « maoïsme », voulant se conserver un air de radicalité, sous couvert de tiers-mondisme…

La plus grande confusion s’installait donc, à la fois dans le mouvement ouvrier en métropoles impérialistes et dans les luttes de libération nationales…

Dans celles ci, la composante nationaliste bourgeoise et petite-bourgeoise se complaisait évidemment déjà à cette confusion, tant par démagogie que par opportunisme à l’égard de l’URSS, principalement…

Pourtant, du point de vue idéologique, la question n’est pas aussi compliquée qu’il y parait, si l’on veut simplement faire l’effort d’y voir clair…

Dès 1920, dans un très court texte destiné à la « commission nationale et coloniale » du IIème congrès de l’Internationale Communiste, Lénine avait pris soin de résumer la question :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/04/12/2762_anti-imperialisme_lenine_sans_poussiere/

Que dans les mouvements révolutionnaires du tiers-monde la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie nationale continuent de jouer un rôle, ce n’est pas une tare en soi, dans la mesure où le rôle politique de chaque classe est correctement défini.

Le fait que la paysannerie constitue numériquement la force sociale majoritaire est aussi une évidence incontournable du processus.

Le fait que le prolétariat industriel y soit souvent encore minoritaire devait être précisément compensé par le fait que ces luttes de libération pouvaient compter, à partir de la Révolution Bolchévique, sur l’aide de l’Union Soviétique, comme base arrière indispensable, et que le parti prolétarien, pouvait, en s’appuyant sur cette base, entrainer avec lui la majorité des prolétaires, tant dans les campagnes que dans les villes.

Mais dans l’esprit de Lénine, comme exprimé dans tout ses textes sur le sujet, la possibilité de transformer réellement les luttes de libération nationale en révolutions socialistes était nettement liée à la capacité du parti prolétarien à constituer une force politique indépendante et capable de prendre la direction du processus révolutionnaire.

En ce qui concerne la Révolution Cubaine, rappelons simplement que la confusion s’est installée à plusieurs niveaux, et à plusieurs titres…

En 1959, alors que la Révolution triomphe à Cuba, c’est au contraire, en URSS, la mutation du régime en une bourgeoisie nationale-bureaucratique qui est déjà achevée, pour l’essentiel, même si cela l’amène néanmoins à continuer le soutien, sur cette base, des luttes de libération nationale.

Et pourtant, à Cuba, à la veille de la bataille de Santa Clara, l’unité des révolutionnaires, même dans l’objectif de la libération nationale, était loin d’être achevée, en dépit du prestige déjà très dominant de Fidel Castro.

C’est le Che qui recollera avec autorité les morceaux du maquis local nécessaires à cette victoire décisive.

De sorte que la prise du pouvoir elle même n’allait pas, en réalité, sans une grande confusion sur l’avenir politique du processus.

Il ne s’agit pas ici d’en refaire l’historique complet, mais rappelons simplement que l’unité politique n’a réellement été achevée qu’en 1965 avec la fondation du Parti Communiste de Cuba.

A cette époque, les chances, pour Cuba, de développer une économie socialiste autonome, étaient déjà anéanties du fait du blocus US. La dépendance à l’URSS révisionniste devenait incontournable et constituait autant un frein qu’une roue de secours, même si elle a permis une survie socialement progressiste.

Dans la mesure où l’URSS a continué de soutenir les mouvements de libération du tiers-monde, non seulement Cuba est resté intégré dans ce mouvement, mais il en est même pratiquement devenu l’avant-garde, ce qui explique l’importance de l’impact de tout ce qui s’y passe encore, en dépit de la disparition de l’URSS.

La survie même de Cuba comme nation indépendante, après cette disparition, est une grande et aujourd’hui manifestement incontestable victoire de ce mouvement international de résistance anti-impérialiste.

Si le symbole de résistance que constituait l’île de Cuba face aux USA a tant marqué les esprits, du vivant de l’Union Soviétique, et continue de le faire, encore aujourd’hui, c’est aussi et même d’abord parce qu’il représente l’héritage du mouvement Marxiste-Léniniste, qui a concerné au cours de la deuxième moitié du XXème siècle, jusqu’à un tiers de l’humanité, à travers ses diverses formes et variantes idéologiques, dont le seul trait commun restait précisément l’anti-impérialisme.

Pour autant, concernant le castrisme, considéré d’un point de vue marxiste-léniniste, c’est bien la question de sa nature de classe, qui se pose, encore aujourd’hui, sinon plus que jamais, et de son avenir politique, en fonction.

Au départ, la Révolution Cubaine est donc bien essentiellement une lutte de libération nationale, une lutte anti-impérialiste, tant la dépendance du dictateur Batista à la maffia US et à la CIA est avérée.

( https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_Cuba_sous_Batista )

En même temps, il est clair que c’est aussi une révolte populaire contre ce capitalisme maffieux et colonialiste à la fois.

Sortir le peuple cubain d’une misère noire et d’une soumission particulièrement humiliante et dégradante, c’est déjà l’œuvre majeure, à la base du castrisme.

Non content de ce résultat, il a œuvré à soutenir la plupart des autres mouvements de libération à travers le monde, et réussi à élever le niveau de vie moyen à Cuba bien au dessus de la plupart des pays d’Amérique Latine, et même encore après avoir à relever son économie brutalement ravagée par l’effondrement de l’URSS.

Tout cela n’a certainement pas été sans quelques errements et erreurs diverses, mais il ne s’agit pas ici d’un bilan historique approfondi, qui reste à faire…

Non, il s’agit simplement, par contre, d’un constat brut qui souligne que tout cela n’a pu être effectué sans une large unité populaire, incluant évidemment le prolétariat et la classe ouvrière, même si faible numériquement.

Le fait que cette unité se soit incarnée dans le parti communiste n’en est pas, néanmoins, la garantie que le prolétariat y a forcément et constamment joué le rôle dirigeant, ni qu’il puisse encore le faire.

Il est clair qu’une fraction progressiste de la bourgeoisie nationale, dont Fidel Castro est lui-même issu, y a constamment joué un rôle important, sinon essentiel.

 

Mais il est également clair que la très dure « période spéciale » qui a permis à Cuba de survivre à l’effondrement de l’URSS n’a pu se faire sans l’introduction de nouvelles formes de capitalisme, et qu’elles ont encore tendance à se développer.

Pour autant, peut-on parler de « NEP tropicale »(*), comme certains peuvent être tentés? Et notamment par analogie avec les prétentions de certains pseudos-« marxistes-léninistes » pour le régime actuel en Chine?

Là encore, ce débat de fond n’est pas le but du présent article, mais rappelons simplement que NEP suppose direction prolétarienne à la tête de l’État et secteur capitaliste ultra-minoritaire…

Pour le cas de la Chine, le côté abusif d’une telle prétention saute aux yeux, sauf à ceux qui sont voilés par une mauvaise foi extrême…

https://tribunemlreypa.wordpress.com/chine-capitalisme-ou-socialisme-aux-racines-du-maoisme/

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Pour le cas de Cuba, la situation reste encore floue et indéterminée à ce sujet, car on voit bien que l’évolution actuelle du régime castriste a le soutient majoritaire de la population, y incluant le prolétariat et la classe ouvrière.

On peut donc comprendre que la nature sociale d’un tel régime, sa nature de classe réelle, a forcément hérité aussi de la confusion de ses débuts et de toute cette période.

Il semble néanmoins établi que des éléments de socialisme suffisamment importants y ont survécu, assurant la solidité et la popularité du régime castriste, et lui permettant également de garantir son indépendance, de par le fait.

Le lien avec le socialisme comme garantie de l’indépendance nationale semble bien être un élément de base de la ligne politique de Raoul Castro, malgré les accords diplomatiques diverses rendus nécessaires par l’isolement de l’île.

( http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/fra/r181210f.html

Allocution prononcée par RAÚL CASTRO RUZ, LE 18 Décembre 2010.

En sa conclusion: « Grands ont été les défis et aussi les dangers depuis le triomphe de la Révolution, surtout depuis Playa Giron,(***) mais aucune difficulté ne nous a fait plier. Nous sommes ici et nous y resterons grâce à la dignité, à l’intégrité, au courage, à la fermeté idéologique et à l’esprit de sacrifice révolutionnaire du peuple cubain qui a intégré depuis longtemps l’idée que le socialisme est la seule garantie pour lui de rester libre et indépendant.  » (****)

Au moment où l’histoire, par un de ses hasards apparents, mais révélateur, finalement, fait coïncider la disparition de Fidel avec l’apparition du sinistre clown Trump à la Maison Blanche, c’est presque un retour à la confusion originelle qui risque de prévaloir à Cuba.

Toutefois, le discours que vient de prononcer Raoul Castro, ( ** )sur la Place de la Révolution, à Santiago de Cuba, place également dédiée à Antonio Maceo, autre grande figure de la résistance cubaine, indique bien plutôt une fidélité, qui ne semble pas être galvaudée, à l’égard des principes exprimés lors de ce VIème congrès, fondateur de la nouvelle politique cubaine. C’était aussi pour lui l’occasion historique d’en asseoir la légitimité, aux regards du monde entier, et avec le soutien massif du peuple cubain, ce qui est manifestement une grande réussite.

Malgré tous ces aléas de l’histoire, il est donc clair que Raoul Castro et son parti sont toujours dépositaires d’un héritage dont les racines sont marxistes-léninistes.

Dans une situation mondiale actuelle où les forces communistes marxistes-léninistes à travers le monde restent dérisoires en face de la crise, il nous parait d’abord urgent de mettre en avant, de relayer et de soutenir toutes les manifestations d’unité populaire anti-impérialistes, ce qui n’interdit pas, au contraire, un regard critique et une étude analytique.

Mais réduire ou nier le rôle anti-impérialiste du castrisme, ou pire, le caricaturer, selon une mode « gauchiste » ou même maoïste, héritée des années 70, en réduisant son rôle historique à le présenter comme « valet du social-impérialisme soviétique », c’est véritablement se couvrir de ridicule et d’ignominie collaborationniste, en réalité, surtout si l’on se rappelle que ce langage date précisément d’une époque où la Chine « maoïste », qui était encore en phase terminale de sa « révolution culturelle », avait déjà entamé une collaboration directe avec les USA et les pires dictatures de la planète, contre ce prétendu « social-impérialisme soviétique »!

Alors que le courant de sympathie que le castrisme entraîne avec lui est bien une occasion, pour les communistes marxistes-léninistes, de s’exprimer sur la nature de l’impérialisme et de faire valoir, précisément, de façon dialectique, les caractéristiques qui distinguent l’anti-impérialisme prolétarien du simple nationalisme progressiste petit-bourgeois, et encore davantage, évidemment, du social-chauvinisme!!

Aujourd’hui encore, et plus que jamais dans la situation de crise mondiale du capitalisme, construire des organisations marxistes-léninistes indépendantes, sur une base prolétarienne, tant dans les métropoles impérialistes que dans les pays sur-exploités du tiers-monde, c’est évidemment une base nécessaire, mais le dénigrement de ce qui reste de positif des mouvements anti-impérialistes plus anciens n’est certainement pas une telle base…

Cela veut dire aussi que le rôle du prolétariat reste la clef de l’avenir social et politique de Cuba, et ce que nous montre la ferveur populaire autour de la mémoire de Fidel, c’est que l’histoire n’est toujours pas écrite à l’avance, et surtout, pas forcément dans le sens espéré par les impérialistes, ni imaginé par les imbéciles sectaires qui se la jouent « ultra-gauche »…

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Luniterre

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Le discours de Raul Castro à Santiago:

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NOTES:

( * NEP: « Nouvelle politique économique » en URSS, dans les années 20, pour relancer l’économie ravagée par la guerre civile et l’intervention impérialiste. Cette politique incluait un secteur d’économie capitaliste, très limité, minoritaire, sous contrôle de l’autorité de l’État prolétarien, et sans développement de capitalisme financier.)

( ** LE TEXTE ORIGINAL DU DISCOURS DE SANTIAGO:  http://www.granma.cu/hasta-la-victoria-siempre-fidel/2016-12-03/la-permanente-ensenanza-de-fidel-es-que-si-se-puede-03-12-2016-23-12-18

EXTRAITS:

« Con razón, el querido amigo Bouteflika, presidente de Argelia, expresó que Fidel poseía la extraordinaria capacidad de viajar al futuro, regresar y explicarlo. El 26 de Julio de 1989, en la ciudad de Camagüey, el Comandante en Jefe predijo, con dos años y medio de antelación, la desaparición de la Unión Soviética y el campo socialista, y aseguró ante el mundo que si se dieran esas circunstancias, Cuba continuaría defendiendo las banderas del socialismo. »

« Ese es el Fidel invicto que nos convoca con su ejemplo y con la demostración de que ¡Sí se pudo, sí se puede y sí se podrá! » (Aplausos y exclamaciones de: “¡Sí se puede!) O sea, repito que demostró que sí se pudo, sí se puede y se podrá superar cualquier obstáculo, amenaza o turbulencia en nuestro firme empeño de construir el socialismo en Cuba, o lo que es lo mismo, ¡Garantizar la independencia y la soberanía de la patria! » (Aplausos.)

( *** En France, on parle plus souvent de la « Baie des  Cochons », où a eu lieu le débarquement des anti-castristes, en 1961, organisé par les USA et la CIA, se soldant néanmoins par un échec retentissant.

https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9barquement_de_la_baie_des_Cochons   )

(****texte original espagnol:

http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/esp/r181210e.html

et voir aussi:

Rapport Central au VIème CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE DE CUBA

http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2011/fra/r160411f.html

VO en espagnol:

http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2011/esp/r160411e   )


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